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Comment sont accueillis les élèves allophones qui arrivent dans le département ?

Comment sont accueillis les élèves allophones qui arrivent dans le département ?

« Que fais-tu ? - Je marche dans le couloir. Je monte, je descends les escaliers », les échanges commencent dès le couloir pendant qu’avec l’enseignante, l’enfant de CP fait le tour des classes pour récupérer les autres élèves. Étude en lien avec l’ambition Solidarité du Projet académique.

Le groupe est constitué d’un Algérien arrivé en septembre, d’un Syrien de 10 ans, qui parle kurde, arabe, turc et français, d’un Jordanien de 11 ans (né en Syrie et qui a vécu 3 ans en Jordanie), en France depuis 9 mois ; d’un Sri-Lankais, qui parle tamoul, scolarisé en cm1 et en France depuis bientôt un an, à Paris puis à Nantes ; d’un Syrien de 9 ans ; d’une Algérienne de 6 ans, qui parle arabe à la maison, et a une toute petite sœur.

L’enseignante itinérante, qui vient dans l’école plusieurs fois par semaine, parle en-suite du spectacle qu’ils vont aller voir et applaudir, des clowns, du chanteur. Elle explique, retravaille le vocabulaire de la piscine et construit des phrases à partir d’une image et d’étiquettes.
Comme eux, les enfants allophones nouvellement arrivés (EANA) sont scolarisés dans la classe qui correspond à leur âge. Le texte départemental, basé sur une circulaire de 2017, l’affirme en effet et précise que les élèves « ne la quitteront a priori que pour suivre un enseignement spécifique de français comme langue de scolarisation si leur évaluation l’implique ». Ces enfants, qui sont sur le territoire français, ont un droit reconnu à accéder à une éducation puisqu’il est question d’un « devoir de la République et de son école ».


L’accueil des enfants scolarisés en école primaire

L’élève et sa famille sont accueillis par le directeur et l’enseignant qui va prendre en charge l’enfant. Ils peuvent être aidés en cela par l’équipe départementale pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés dont la mission est d’accompagner et former les équipes, évaluer les élèves et conduire des dispositifs de français langue seconde (FLS - langue de communication et d’information, langue des enseignements et des apprentissages). La classe est le « cadre de référence » sécurisant qui doit permettre à l’élève d’accéder le plus vite possible à une connaissance du français et de la culture scolaire. Dans le premier degré, les élèves sont rapidement évalués pour pouvoir établir un PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative) à destination des élèves allophones et organiser les modalités de la scolarisation : aide ponctuelle ; suivi sur une année par groupe de 3 ou 5 enfants par des enseignants spécialisés itinérants (jusqu’à 3x3 heures par semaine) ; regroupement en classe UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivant).
Les nombreuses interactions sociales entre pairs facilitent, à l’école, l’apprentissage du français et l’adaptation au fonctionnement de l’école en France. L’accompagnement peut durer un an ou un peu plus.

Au collège

« Il est plus délicat de les intégrer dans les classes au collège, surtout pour ceux qui ne parlent pas du tout français dans la mesure où les apprentissages imposent un rythme plus rapide», explique Monsieur Patrice Lemoine, Directeur Académique Adjoint des Services de l'Éducation Nationale de la Loire-Atlantique. Le choix a été fait de les regrouper en une classe, notamment s’ils sont nombreux dans un même établissement.
 Huit UPE2A (dont deux UPE2A NSA pour les élèves non scolarisé antérieurement) existent dans les collèges du département.

Au collège La Noë Lambert, à Nantes, quatorze élèves sont accueillis au sein du dispositif, qui existe dans le collège depuis dix ans. Ils n’ont que peu ou pas été scolarisés avant leur arrivée en France et sont donc peu inclus dans les autres classes (en sport, en musique) puisqu’ils n’ont pas encore construit de lien suffisant avec l’écrit. Ils sont âgés de 11 à 17 ans, dont 8 mineurs non accompagnés, et sont principalement originaires d’Afrique de l’Ouest (Guinée, Sénégal, Côte d’ivoire, Nigéria, Tchad et Soudan). Ils travaillent surtout le français, les maths, l’anglais et d’autres matières en fonction des projets.
Avec les plus grands, “il faut tout de suite travailler l’orientation, vers un CAP ou une 3ème prépa pro, pour construire un projet” explique leur enseignante Mme Sarah Croué. Les autres peuvent parfois (en fonction de leur niveau et de leur apprentissage de la langue), rejoindre une UPE2A classique pour une seconde année.

Les autres classes UPE2A ont pour vocation de regrouper les élèves par secteur. Ils sont d’abord accueillis dans leur collège de secteur où ils passent un test dans leur langue maternelle, un bilan d’acquis scolaire (lecture et math dans leur langue, évaluation de leur connaissance du français). Une proposition d’orientation leur est alors faite : une intégration dans une classe, avec un soutien dispensé par les enseignants itinérants ou une inscription dans un dispositif UPE2A.
Vingt élèves entre 11 et 16 ans (de 12 à 15 nationalités selon les années, tous niveaux scolaires confondus) composent la classe de M. Pierre Bergé, professeur dans l’UPE2A du collège Rosa Parks, à Nantes. Il y dispense au début prioritairement des heures de FLS (français langue seconde) pour progressivement les inclure dans leur classe de rattachement : en EPS, musique, arts plastiques pour commencer.

Les inclusions se poursuivent, en maths et en anglais, tout en continuant l’apprentissage du français. Tous doivent pouvoir valider le DELF (Diplôme d'Etudes en Langue Française) à la fin de l’année pour certifier le niveau atteint (A1, A2 ou B1). Le collège est situé en Rep + et les élèves allophones profitent des dispositifs d’aide et de soutien du collège.
Quatre élèves de 3ème sont dans le dispositif cette année. Trois iront en lycée professionnel l’an prochain et une en lycée général.
Troisième possibilité pour les élèves allophones. Comme dans le premier degré, ils sont regroupés entre 3 et 9 heures par semaine, autour d’enseignants itinérants du dispositif départemental.

Au lycée

Deux parcours sont possibles pour ceux qui ont plus de 16 ans. Les élèves sont testés dans leur langue d’origine sur la compréhension d’un texte et en mathématiques. S’ils ont acquis un niveau équivalent à la 3ème en mathématiques, ils peuvent intégrer un lycée Général et Technologique. Si ce n’est pas le cas, ils sont orientés vers un lycée professionnel.
“Ils peuvent arriver en lycée général même s’ils n’ont pas de connaissance du français, explique Mme Gwylan Volsik, responsable de la classe UPE2A, qu’elle a renommée “classe monde" au lycée Albert Camus. Elle y accueille, par groupes de niveau, des élèves qui viennent de plusieurs établissements et qui ont tous “des capacités de travail remarquables“ ajoute Mme Volsik. L’an dernier, une élève allophone a terminé avec la meilleure moyenne de sa classe littéraire. En une année, certains élèves peuvent ainsi raccrocher un niveau scolaire correct.

“classe monde" au lycée Albert Camus
Classe monde au lycée Albert Camus

D’autres élèves relèvent du lycée professionnel. Une enseignante, Mme Maryse Métayer, organise des regroupements d’élèves pour des cours de FLS (Français Langue Seconde), aux lycées Mandela et Monge, à Nantes. Entre dix et douze élèves de neuf lycées de l’agglomération s’y retrouvent. Selon leur connaissance de la langue française, ils sont accueillis entre 3 et 9 heures. Des bilans sont fait régulièrement pour une adaptation tout au long de l’année.“Au début, j’oriente le travail sur la compréhension et la production orale“ mais l’objectif est très vite “d’entrer dans la méthodologie de la matière et étudier des notions comme le champ lexical , la production de textes, l’écriture personnelle“, explique Mme Métayer.
Les élèves peuvent accéder à ce dispositif une année “ou plus si besoin, pour faciliter l’obtention d’un diplôme ou une orientation professionnelle”, ajoute Mme Métayer.

Le dispositif MAST

Créé en 2017 à titre expérimental en Loire Atlantique, à l’initiative de M. Pierre Raynaud, IEN-IO aujourd’hui retraité, ce module d’accueil et de scolarisation temporaire prend en charge des jeunes de plus de 16 ans, qui sont allophones et qui n’ont pas été scolarisés antérieurement. Son objectif : donner un enseignement très rapide sur des notions essentielles (positionnement, communication, mots liés au vocabulaire de l’administration ou du quotidien) et permettre la découverte des voies de formation possibles. Les élèves peuvent y rester entre 3 et 6 mois et sont pris en charge par une professeure contractuelle diplômée en FLS (à temps complet) et une professeure expérimentée de Langue vivante (6 heures). Le but est que les élèves puissent accéder à une formation le plus rapidement possible. Ils sont orientés par exemple vers le secteur du bâtiment où quelques places sont vacantes dans des lycées professionnels, quand cette voie de formation correspond à leurs souhaits et à leurs aptitudes. Récemment, au lycée des Savarières, l’un des jeunes scolarisé dans ce module a pu accéder à une formation en plasturgie, filière professionnelle reconnue et à fort potentiel d’emploi.
Les élèves ont dix-huit heures de cours dont douze heures réservées à l'apprentissage du français.

La formation des enseignants

Les enseignants du premier degré peuvent bénéficier de quatre formations inscrites au PDF, plan de formation piloté par l’IA-DASEN (pour ceux qui accueillent des enfants allophones dans leur classe) et de journées de stages. C’est le CASNAV, piloté au niveau académique par l’IA IPR Madame Isabelle Nauche qui prend en charge les formations pour le second degré. Deux entrées sont proposées chaque année sur l’accueil et sur l’entrée dans l’écrit.
Des formations de proximité sont aussi possibles, à la demande des chefs d’établissement, sur l’accueil et l’inclusion des élèves allophones, l’adaptation nécessaire des cours et l’évaluation des élèves dans leur classe d’accueil.

La mise en œuvre des formations et accompagnements des équipes qui ont en charge des allophones est assurée par deux coordinatrices : Mme Guillotte Islahen, pour le second degré, et Mme Belliot, pour le premier degré. Elles ont aussi une importante mission d’organisation et d’aide à l’évaluation auprès des deux IEN référents, Messieurs Letapissier et Luczak.
Les enseignants du pôle allophone premier et second degré se retrouvent régulièrement sur des temps d’échanges de pratique sur des thèmes spécifiques (évaluation, lecture, orientation). Une Certification FLS ou un diplôme spécifique FLS sont demandés pour enseigner dans ce dispositif.

Quelles perspectives ?

« L’organisation de l’accompagnement des élèves allophones dans le département est relativement bien structurée », selon M. Lemoine. Les élèves qui arrivent sont identifiés, évalués, orientés et le suivi par les référents qui étudient la demande a permis de mieux répartir et d’organiser les moyens mis en place. Depuis deux ans, deux IEN, MM. Luczack et Letapissier ont en charge les dossiers respectivement pour le premier et le second degrés. Cela permet aussi une meilleure évaluation de l’ensemble des moyens et dispositifs.

L’évaluation initiale peut encore parfois être améliorée ainsi que la formation continue des enseignants.
“Nous devons encore progresser pour améliorer la qualité de notre dispositif départemental en prenant appui sur l’engagement très fort des personnels et la cohésion des équipes”, poursuit M. Lemoine. Il ajoute que “l’acquisition du français, parlé et écrit, est un vecteur primordial pour une bonne intégration des valeurs fondamentales de notre pays”.

Encadré historique

En 1970, création des classes d’initiation ; en 2000, apparaissent les classes d’accueil puis les dispositifs UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants). En 2012, une circulaire définit les missions et l’organisation du CASNAV (centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et du voyage). Le Casnav y est défini comme une structure d'expertise auprès du recteur et des directeurs académiques sur le dossier des élèves allophones nouvellement arrivés en France et des élèves issus de familles itinérantes et de voyageurs.
  • FLE : français langue étrangère, langue de communication
  • FLS : français langue seconde, français au service de la scolarité, pour comprendre les codes de l’école française, le langage des mathématiques, de l’histoire.
     

Ressources :

Thématique :
Orientation - intégration des jeunes
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Rédigé par Nicolas Charles

M.A.J. le 12/06/2018

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